Alexandre Benezra, Bureau d'Avocats et Notaire en Israel

Alexandre Benezra,  Bureau d'Avocats et Notaire en Israel Avocat et Notaire en Israel depuis 1995. Deplacements reguliers en France (972-522407327)

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20/08/2026

Quel est le lien entre Abraham au mont Moriah, la pensée hassidique et le « fils rebelle » ?

Par Alexandre BENÉZRA

Ce texte explore, à travers le prisme de la pensée hassidique, le lien profond entre la Ligature d'Isaac (l'Akéda), le rôle du Satan (Sanhédrin 89), et la distinction fondamentale entre la voix de l'instinct et la voix divine. Ces concepts sont ensuite appliqués à la loi complexe du « fils rebelle et indocile » (Ben Sorer Oumoré).

1. Les deux âmes dans la 'Hassidout
Selon les enseignements du Baal Shem Tov et du Tanya (l'Admour Hazaken, chap. 1-4), chaque individu possède deux âmes en lutte constante :
L’âme divine : Véritable « parcelle de Dieu », elle aspire à l'effacement total devant le Créateur, à la vérité, à la sainteté et à la morale transcendante.
L’âme animale : Enveloppée dans le corps matériel (issue de la Klipat Noga), elle est le siège des instincts de survie, des pulsions, de l'ego et de l'attrait pour la matière, mais aussi du conformisme social et culturel.
Le combat de l'existence se résume à une question d'écoute : l'homme cède-t-il au vacarme de ses instincts et de son ego (l'âme animale), ou parvient-il à capter la « voix d'un fin silence » (Kol demama daka) — l'âme divine qui murmure la volonté authentique du Créateur ?

2. La Ligature d'Isaac : L'épreuve des voix
Le Talmud (Sanhédrin 89b) décrit le drame de la Ligature à travers la confrontation entre Abraham et le Satan, ce dernier incarnant l'âme animale déguisée en ferveur religieuse. Dans le monde antique, le sacrifice d'enfants (comme le culte de Moloch) était une norme païenne acceptée, traduisant un ego spirituel absolu et cruel. L'enjeu de l'épreuve n'était donc pas une simple obéissance aveugle, mais d'éprouver l'origine intérieure de l'acte d'Abraham.

Initialement, Dieu ordonne à Abraham de « faire monter » (Leha'alot) son fils, ce qui implique une élévation spirituelle. Influencé par la culture environnante, Abraham interprète d'abord cet ordre comme une exigence de sacrifice physique.

Cependant, au moment critique où il lève le couteau, il démontre sa véritable grandeur : il s'isole de son conditionnement pour écouter la véritable voix divine, la « voix d'un fin silence », qui lui ordonne : « Ne porte pas la main sur l'enfant ».
En retenant son geste, Abraham sépare définitivement la cruauté païenne de l'âme animale de la miséricorde infinie de l'âme divine. Le but divin était l'élévation, jamais la destruction.

3. Le miroir inversé : Le « fils rebelle » et le génie des juges
Cette grille de lecture s'applique de manière frappante à la loi du « fils rebelle » (Deutéronome 21).
Le Talmud (Sanhédrin 71b) traite le cas de ce jeune glouton (qui consomme de la viande et du vin avec excès) en affirmant qu'il est jugé « en fonction de sa fin » : son comportement révèle une âme animale hors de contrôle qui le mènera inévitablement au brigandage et au meurtre.

Contrairement à Abraham, qui a su écouter la voix divine pour s'arrêter in extremis, le fils rebelle est incapable de freiner ses pulsions.
Néanmoins, la lourde procédure publique imposée par la Torah n'est pas une machine de mort, mais un électrochoc psychologique visant à tirer le jeune de sa torpeur.

C'est ici qu'intervient une réflexion juridique majeure : une fois la procédure engagée, l'épreuve bascule sur les épaules des juges (le Sanhédrin).
Tout comme l'ange a arrêté le bras d'Abraham, il incombe aux magistrats d'écouter cette même voix subtile. Sauront-ils faire preuve du génie nécessaire pour trouver la faille juridique ou la circonstance atténuante, liée à l'état psychologique de l'accusé, qui justifiera son acquittement et sauvera sa vie ?

Le Talmud (Sanhédrin 71a) corrobore cette idée en déclarant que le cas du fils rebelle « n'a jamais existé et n'existera jamais ». Ce modèle théorique nous enseigne jusqu'où l'âme animale peut déchoir et, en parallèle, l'immense compassion que la justice doit déployer. D'ailleurs, un Sanhédrin qui exécute un homme, ne serait-ce qu'une fois tous les sept ans (ou soixante-dix ans, selon une autre opinion), est qualifié de « sanguinaire » (Makkot 7a).

La mission sacrée des juges est de privilégier la miséricorde et la vie.

Conclusion
La Ligature d'Isaac et le procès du fils rebelle sont les deux faces d'un même miroir. Abraham a su écouter la voix divine pour éviter la destruction et élever son fils.

Dans le cas du fils rebelle, le procès ébranle le jeune, mais le véritable fardeau repose sur les juges : ils ne doivent pas l'abattre, mais faire émerger leur génie juridique pour entendre la voix de la clémence et le ramener à la vie, s'évitant ainsi d'être un « tribunal de sang ».

Il convient de rappeler que, tout comme les sacrifices au Temple constituaient un moyen de repentir, le processus judiciaire — hier comme aujourd'hui — est à la fois une épreuve et une formidable opportunité de réparation (Tikkoun), offrant au justiciable la chance inestimable de revenir vers le Créateur.

AB

05/06/2026

I - LE PIÈGE PSYCHOLOGIQUE MODERNE

La paracha Chelah Lekha traite de l'un des moments les plus dramatiques du peuple juif dans le désert : la faute des explorateurs.

Moïse envoie douze hommes, les princes et dirigeants des tribus, pour explorer la terre d’Israël. Ils reviennent avec une de raisins géante, mais aussi avec un rapport terrifié : *« Mais le peuple qui habite le pays est puissant... et nous y avons vu les géants... et nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et c'est ainsi que nous apparaissions à leurs yeux. »

L’aspect moderne de cette histoire touche directement à la psychologie humaine, et à ce que nous appelons aujourd'hui « le syndrome de l'imposteur » ou la prophétie autoréalisatrice.

Le piège psychologique :
« Nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles »

La grande erreur des explorateurs ne résidait pas dans leur rapport factuel sur les villes fortifiées ou le peuple puissant. Leur rôle était d’observer le terrain. Leur erreur a commencé avec cette phrase :« Nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles ».
Le Rabbi de Kotzk, l'un des plus grands penseurs du hassidisme, a posé à ce sujet une question percutante : passe encore qu'ils se soient sentis petits comme des sauterelles face aux géants, mais comment pouvaient-ils savoir que c’est ainsi qu'ils apparaissaient aux yeux de l'autre camp ? « Et c'est ainsi que nous apparaissions à leurs yeux »?
Sa réponse révèle un principe psychologique profond : quand tu te sens comme une sauterelle à tes propres yeux, tu projettes cette image à l'extérieur, et en fin de compte — c’est ainsi que le monde te percevra.

Le regard moderne : la crise de l'image de soi à l'ère des réseaux
Dans le monde moderne, et particulièrement à l'ère du numérique, nous sommes inondés de « géants ». Les réseaux sociaux nous montrent constamment des personnes qui semblent mieux réussir, être plus belles, plus riches et immunisées contre les difficultés. Il est très facile de regarder ces « géants », de se sentir minuscule, et de reculer par sentiment d'incapacité.

La faute des explorateurs moderne est la faute de l’hyper-comparaison. Lorsque nous comparons nos faiblesses intérieures au « teaser » brillant et parfait des autres, nous devenons des sauterelles à nos propres yeux. Le résultat est la paralysie : nous renonçons à notre « Terre Promise » (notre carrière, notre couple, nos ambitions personnelles) avant même d'avoir essayé.

La réparation : le regard de Josué et Caleb

Face aux dix explorateurs désespérés, se lèvent Josué bin Noun et Caleb ben Yephouné qui s’écrient : « Le pays est très, très bon... Montons, emparons-nous-en, car nous y parviendrons ! ».
Ils n'ont pas nié les défis, ils ont simplement refusé de laisser la peur les gouverner. Ils ont compris que le succès ne dépendait pas de la taille physique de l'ennemi, mais de la résilience mentale et de la foi inébranlable en la justesse de leur chemin.
Le message pour la vie : Les défis face à nous (les « géants ») ne sont presque jamais le vrai problème. Le véritable obstacle est la façon dont nous nous percevons nous-mêmes. Si nous changeons notre regard intérieur pour passer de l'état de « sauterelle » à celui de quelqu'un qui se dit « nous y parviendrons », nous découvrirons que le monde autour de nous change en conséquence.
Mais revenons à notre Parasha

II- OZ LEISRAEL
Les deux seuls espions qui ont refusé de succomber à la peur et ont fait preuve d'**Oz** (עוז - la force, l'audace, l'assurance divine) sont **Caleb ben Yephouné** (de la tribu de **Juda**) et **Josué bin Noun** (de la tribu d'**Éphraïm**, descendant de Joseph).

1. La dualité des forces : Le spirituel et le matériel
Dans la tradition juive, Juda et Éphraïm (Joseph) représentent les deux moteurs indispensables à la réalisation du dessein divin, souvent associés aux deux figures messianiques (*Machiach ben Yosef* et *Machiach ben David*) :
Éphraïm (Joseph) – Le bâtisseur du monde matériel : Historiquement, Joseph est celui qui gère l'économie de l'Égypte, qui maîtrise la logistique et assure la survie physique. Dans l'histoire moderne, cette force s'est manifestée à travers le sionisme pionnier : la construction des infrastructures, l'agriculture, la tech, l'armée (Tsahal), et la diplomatie. C'est le moteur pragmatique, l'assurance de savoir dompter la matière.
Juda – Le garant de la souveraineté et de la spiritualité : Juda, c'est la royauté, la légitimité, la Torah et la foi inébranlable. C'est la force qui donne du sens à la matière. Dans l'ère moderne, c'est le retour à l'identité juive, à la spiritualité, à la conscience de notre rôle éternel.

2. L'assurance (Oz) face aux "Géants" modernes
Pourquoi ces deux tribus ont-elles accédé à cette assurance ? Parce qu'elles incarnent la complémentarité parfaite :
* Josué (Éphraïm) puise sa force dans sa fidélité à Moïse (l'action guidée par la structure).
* Caleb (Juda) va prier sur les tombes des Patriarches à Hébron (la connexion profonde aux racines).
Aujourd'hui, pour que le plan d'Hachem se réalise face aux "géants" et aux défis du XXIe siècle (antisémitisme globalisé, crises identitaires, menaces géopolitiques), ces deux forces doivent travailler ensemble.
Le piège moderne : Si Éphraïm agit seul (le pragmatisme sans la foi), il finit par s'assimiler et perdre le sens de sa mission. Si Juda agit seul (la foi sans l'action concrète dans le monde), il reste déconnecté de la réalité.

3. La réconciliation finale : Le moteur de l'histoire
Le prophète Ézéchiel (chapitre 37) prophétise d'ailleurs le moment où le "bois de Joseph/Éphraïm" et le "bois de Juda" se rapprocheront pour ne faire plus qu'un dans la main d'Hachem.
Le fait que seuls Caleb et Josué aient survécu au désert pour entrer en Terre d'Israël montre que seules les forces qui portent en elles l'assurance et le refus de la mentalité de "sauterelle" (la passivité ou le complexe d'infériorité) ont le droit de concevoir l'avenir.
Aujourd'hui encore, ce sont ces deux sensibilités (l'action concrète et la vision spirituelle) qui construisent activement la réalité de l'histoire juive.
AB

11/05/2026

Est ce que le système juridique israélien nécessite un réforme fondamentale pour ne pas dire une « révolution » juridique et judiciaire

L'analyse du système judiciaire israélien, et plus particulièrement les critiques formulées à l'encontre du parquet (la *Praklitout*) et des hauts fonctionnaires, est au cœur du débat public depuis plus d'une décennie. Les partisans d'une réforme judiciaire profonde soutiennent que ces instances ont accumulé un pouvoir excessif, au détriment du pouvoir élu.
Voici une synthèse des principaux griefs concernant les abus de pouvoir, les irrégularités ou les fautes graves imputés à la haute fonction publique et aux procureurs en Israël :

1. La doctrine du « Tout est justiciable » et l'activisme bureaucratique
L'une des critiques majeures concerne l'extension des prérogatives des conseillers juridiques (sous l'égide du Procureur Général) sans mandat législatif explicite :

* **L'avis juridique contraignant :** Contrairement à de nombreuses démocraties, en Israël, l'avis du conseiller juridique du gouvernement est devenu impératif. Les critiques soutiennent qu'un fonctionnaire non élu peut ainsi paralyser la politique d'un gouvernement souverain.

* **Le critère de « Raisonnabilité » :** L'usage extensif de cette clause pour annuler des nominations ou des décisions administratives est perçu comme une substitution du jugement subjectif du juge ou du juriste à celui de l'élu.

2. Dysfonctionnements du Parquet et des forces de l'ordre
Sur le plan pénal, plusieurs affaires ont mis en lumière ce que certains appellent une « ivresse du pouvoir » :
* **Application sélective de la loi (*Enforcement* sélectif) :** C'est l'une des accusations les plus fréquentes. Le parquet est accusé de traiter avec une rigueur extrême les dossiers liés à un camp politique, tout en faisant preuve de mansuétude pour des faits similaires dans le camp opposé.

* **Utilisation de méthodes d'enquête illégales :** Les révélations sur l'usage de logiciels espions (type *Pegasus*) sans mandats judiciaires appropriés ont renforcé l'idée d'un système opérant sans freins ni contrepoids.
* **Gestion des témoins de l'État :** Des pressions jugées abusives exercées sur des témoins pour obtenir des dépositions contre des figures politiques de premier plan.

3. L'éviction des élus par le droit (Le "Lawfare" interne)
L'utilisation de l'appareil judiciaire comme outil de changement politique est un argument clé des partisans de la réforme :
* **La « fabrique de dossiers » :** Bien que ce terme soit controversé, il décrit le sentiment que des enquêtes sont ouvertes ou médiatisées opportunément pour empêcher des nominations de ministres ou provoquer leur démission avant même un procès (comme ce fut le cas pour Yaakov Neeman ou Rafael Eitan par le passé).

4. Absence de mécanismes de contrôle externe
L'appareil judiciaire et le parquet sont souvent décrits comme des « systèmes fermés » :
* **L'organe de contrôle du parquet :** Ses détracteurs affirment que cet organe n'a pas de pouvoir réel et que le parquet s'est battu pendant des années pour limiter son autorité et son indépendance.
* **Le système de cooptation :** Dans le comité de nomination des juges, le droit de veto des juges en place favoriserait une homogénéité idéologique au sein de la haute fonction publique et de la Cour, empêchant toute diversité de pensée juridique.

5. Conflits d'intérêts et "Cliquisme"
Il existe des allégations de liens trop étroits entre certains journalistes, hauts fonctionnaires du parquet et juges, créant une « chambre d'écho » médiatico-juridique destinée à influencer l'opinion et à protéger les intérêts de la caste administrative.
# # # Perspective inverse
Il est important de noter que les défenseurs du système actuel affirment que ces actions ne sont pas des abus de pouvoir, mais des remparts nécessaires pour protéger l'État de droit, lutter contre la corruption et garantir les droits des minorités face à une éventuelle « tyrannie de la majorité ». Pour eux, le parquet représente la dernière ligne de défense de la démocratie israélienne.

Le débat de savoir si ces dysfonctionnements justifient une « révolution » ou une « réforme » reste une question politique et philosophique fondamentale sur l'équilibre des pouvoirs en Israël.

AB

19/04/2026

Le CRIF Marseille Provence a appris avec une profonde tristesse le décès de Daniel Knoll.

Fils de Mireille Knoll, victime d’un crime antisémite qui a profondément marqué notre pays, il avait porté avec dignité et courage la mémoire de sa mère, notamment à travers son livre « C’était maman ». À travers ses mots et son engagement, il a contribué à ne jamais laisser s’éteindre le souvenir, ni le combat contre la haine.

Aujourd’hui, nous lui rendons hommage et saluons sa force, sa mémoire et son humanité.

Nos pensées vont à ses proches et à tous ceux qui l’ont connu et aimé.

Que son souvenir soit une bénédiction.

Bruno Benjamin
Mireille KNOLL Association


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