11/05/2020
DECONFINEMENT vu par Franck SPRIET
Le mot m’apparait un peu absurde ce matin ; on nous le rabâche à longueur de journée. J’ai pris de la distance cependant. La cacophonie médiatique est abrutissante. N’empêche, si nous pouvions nous arrêter quelques instants encore pour réfléchir. « Réfléchir » c’est-à-dire « renvoyer dans une autre direction » : bien plus intéressant que le « déconfinement », ce nouveau concept venu d’en haut qui nous dit à quel jour, à quelle heure, pour combien de temps et jusqu’où nous sommes autorisés à aller et venir. Réfléchir disais-je, renvoyant dans une autre direction. Laquelle ? Il faut y réfléchir, on ne le sait pas d’instinct. Pourquoi ? Ca, on le sait, ou du moins devrait-on le savoir : parce que le « confinement » nous a précisément appris (ou réappris) quelque chose de nous-même : relation et travail sont des déterminants de notre vie pour lesquels notre faculté d’adaptation est relative mais déterminante…
Pour beaucoup d’entre nous, les relations se sont « réinventées » sans jamais cesser d’exister. Et c’est tant mieux. Cela nous a appris à vivre davantage « à proximité », à moins nous disperser nous permettant, peut-être, d’être plus « unifié ».
Pour beaucoup d’entre nous aussi, les relations ont été « abîmées » : impossibilité d’être physiquement avec ceux qu’on aime, à commencer par nos aînés.
La solitude a touché son paroxysme pour celle ou celui mort en cette période, pour celles et ceux éloignés de celui-ci lors de son « passage ».
L’exigence sanitaire, revendiquée, devrait-elle vraiment aller jusque-là ?
Pour beaucoup d’entre nous, le travail a été « réinventé » ou plus exactement son exercice. Et c’est tant mieux. Le télétravail a maintenu nombre d’entre nous, grâce notamment à une technologie maîtrisée, dans le circuit économique qui absorbe, transforme et diffuse produits et services.
Mais beaucoup d’entre nous aussi, ont été privés de travail, bien soutenus ou non par l’Etat, avec l’angoisse cependant d’entrevoir « demain » porte close.
La valeur travail comme celle des relations n’a pas de prix. Celle de la santé comme du système de santé, lui en a un : il en coûte malgré ce qui a été dit de maintenir cette santé « à tout prix » ; il va falloir faire des choix.
Je fais mien ceux du droit d’avoir un travail et des relations ; le premier permet de garantir un système de santé de qualité, le second garde en vie ou garde en affection celui qui la quitte.
La valeur travail ne se confond pas à faire n’importe quoi mais faire pour que nos relations demeurent : produire, conseiller, vendre, défendre, juger, sauver, réparer, soigner, transporter, nettoyer…qu’importe, sauf qu’il importe que ce soit « juste ».
Un confinement ne suffira pas à déterminer comme tel ce qui l’est et ce qui ne l’est pas.
Puisse-t-il juste nous permettre de réfléchir à nouveau et réveiller en nous et autour de nous ce qui est bien, ce qui est beau, ce qui est vrai.
Un supplément d’âme, en somme.
Bon dé confinement !