17/06/2026
L’hippopotame était planqué sous un gravillon : le gouvernement savait que 2,7 millions de procédures sont en attente depuis … 2022 !
La mort de Lyhanna, cette petite fille de onze ans retrouvée sans vie dans le Gers le 4 juin 2026, a ouvert une brèche dans le silence politique qui entoure l’état réel de la justice française. Le suspect / mis en cause avait déjà fait l’objet de deux plaintes, dont une pour laquelle il n’avait jamais été auditionné, et de plusieurs signalements avant le meurtre.
Les annonces précipitées et d’opportunité politique auront été inutiles car vient le temps des rapports
Petit problème : ils existent déjà … depuis quatre ans et le Syndicat de la magistrature force la transparence.
Sans placarder qui que ce soit, le Syndicat de la magistrature expose factuellement son combat pour que ce rapport puisse enfin être rendu public.
Si ce drame a contraint le ministre de la Justice à reconnaître publiquement ce que les praticiens dénoncent depuis des années (l’institution judiciaire est à bout de souffle), il révèle aussi que la question des moyens alloués / votés par des politiques qui n’ont parfois en commun que d’être mis en cause judiciairement, quels qu’ils soient est posée.
Si l’attention a été temporairement portée sur la question de 70.000 plaintes qui auraient ete relues en 15 jours, se pose aujourd’hui la question de 3 millions de procédures, délaissées ou abandonnées, justement par faute de moyens.
Gérald Darmanin a lui-même promis de s’attaquer aux « près de 3 millions de plaintes déposées par les Français, des affaires criminelles et délictuelles qui ne sont pas encore remontées auprès des procureurs de la République ».
Comprenez que dans ce jeu de ping-pong entre le procureur et les services de police, 3 millions de b***e sont toujours dans le camp des services d’enquête, faute de moyens pour les traiter.
Le Syndicat de la magistrature, pour sa part, évoque le chiffre de 2,7 millions de procédures en attente de traitement à l’échelle nationale ce qui représente une photographie accablante de l’engorgement chronique des juridictions françaises. Derrière chaque dossier dormant, il y a une victime qui attend, un mis en cause qui n’est pas jugé, et une réponse pénale qui ne vient pas.
Le rapport évoqué par le Syndicat estime que cette situation de défaillance produit trois conséquences majeures : elle favorise « l’impunité des délinquants », conduit à « négliger les intérêts légitimes des victimes » et risque d’« accentuer la perte de confiance de la population en la police et la justice ».
Ce chiffre n’avait pas vocation ou être connu et a donné lieu à une bataille pour la transparence : le Syndicat de la magistrature a saisi la CADA.
Ce qui rend la situation particulièrement révélatrice, c’est l’existence de ce rapport (un document interne que le ministère de la Justice s’est jusqu’ici refusé à rendre public). Face à cette rétention d’information, le Syndicat de la magistrature a engagé une action devant la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), afin d’obtenir la communication de ce rapport classifié confidentiel par l’exécutif.
Cette démarche n’est pas nouvelle pour le syndicat. Par trois requêtes distinctes, le Syndicat de la magistrature avait déjà demandé au tribunal administratif de Paris d’annuler les décisions du Garde des sceaux lui refusant la communication de rapports d’inspection établis par l’Inspection générale de la justice.
Est impensable d'imaginer aujourd'hui pour les acteurs du secteur privé des rapports sur des manquements, fautes, dysfonctionnements, dangers qui seraient inaccessibles … Les syndicats, les salariés et même les employeurs seraient tous opposés à cette absurdité.
Pourtant, plus de 80 de ces rapports, portant pour la plupart sur la situation et le fonctionnement de différentes juridictions, avaient fait l’objet d’un refus de transmission.
Le tribunal administratif avait finalement donné raison au syndicat, jugeant que ces documents constituaient des documents administratifs communicables.
La démarche CADA relative aux 2,7 millions de procédures en attente s’inscrit dans la même logique : le syndicat de la magistrature a demandé au juge des référés de « suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le garde des sceaux lui refuse systématiquement la communication de documents administratifs ». Le tribunal administratif avait, dans ce cadre antérieur, reconnu que « la communication des rapports de l’inspection générale de la justice participe aux missions que le syndicat de la magistrature s’est donné ».
Face à ces révélations, Manon Lefebvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, a dénoncé sur france info que « pointer du doigt une responsabilité individuelle » permettait de « ne surtout pas évoquer la responsabilité collective et surtout la responsabilité politique ».
Le Syndicat de la magistrature et l’Union syndicale des magistrats s’interrogent sur la pertinence de transformer la législation ou d’accroître l’arsenal répressif, estimant que la seule réponse viable passe d’abord par l’accroissement des effectifs de magistrats et de greffiers, seule mesure à même d’apporter une réponse pénale rapide.
Voilà voilà…
Les moyens donc.
C’était bien cela, la question dont l’exécutif ne voulait pas entendre parler.
Magnifique loupé dans la manœuvre d’esquive …
Splendide glissade dans l'enfumage...
Géniale auto-tartinade...
Ce que cela signifie concrètement pour les justiciables est que la réponse du politique est de tenter d’esquiver la responsabilité personnelle pour la déplacer voir tenter de la transformer en responsabilité collective.
Pour les victimes, ce chiffre de 2,7 millions de procédures en suspens n’est pas une abstraction statistique. C’est une plainte qui dort dans une pile, une audience renvoyée sine die, un classement sans suite qui n’est pas motivé.
Pour les familles de victimes de violences, d’agressions sexuelles, de maltraitances, chaque mois d’attente est une forme supplémentaire de victimisation. Ce peut être aussi une s’ouvre de nouveaux dangers accentués par l’impunité de l’auteur.
La transparence que réclame le Syndicat de la magistrature est donc doublement légitime : elle est une condition de la démocratie : les citoyens ont le droit de savoir dans quel état réel se trouve l’institution qui protège le pacte social fondamental : la délégation de la vengeance privée à la justice publique . C’est aussi et une exigence de justice pour les victimes qui attendent.
Pour illustrer cette situation, il est loisible d’observer un parallèle avec la politique du chèque actuel, ou l’art de confondre le carburant avec le moteur.
Il est une image qui a circulé lors de la crise iranienne et qui mérite d’être retenue ici : face à la pénurie, nombreuses étaient les voix à réclamer un chèque pour permettre aux automobilistes de continuer à faire le plein.
Laissons de côté toute polémique sur l’absence de capacité financière pour assumer ces frais et subventions et regardons ce que l’image masque d’essentiel : une voiture qui n’est pas entretenue, dont les pièces sont usées et le moteur à bout, ne redémarre pas avec un chèque pour acheter du carburant. Elle tombe en panne. Et selon la loi de Murphy, elle tombe toujours en panne au pire moment c’est à dire quand on en a le plus besoin.
La justice française, c’est cette voiture-là.
On ne peut pas raisonnablement demander à des policiers, gendarmes, magistrats, procureurs et à des greffiers, … bref à des fonctionnaires de justice de travailler dans des conditions inacceptables, avec des charges de travail qui n’ont aucun équivalent dans le secteur privé, pour des rémunérations très largement inférieures à ce qu’ils pourraient percevoir ailleurs et avec des avantages statutaires qui, à l’analyse comparative, se révèlent bien moins attractifs qu’on ne le croit.
Comble du comble : la vindicte de la détestation de la clameur publique et politique pour tenter de leur reprocher tout dysfonctionnement.
Et de surcroît, il faut notamment que justement, le politique tente de les accabler dans un contexte dégradé géré par … lui-même.
Le cri d’alarme des serviteurs de l’état n’est pas nouveau. Il a déjà retenti à l’hôpital public pendant les canicules de 2003, puis pendant le Covid, où quand les militaires ne pouvaient plus être déployés sur zone de conflit faute d’hélicoptère, …. tous révélant au grand jour que le système avait atteint le point de rupture.
Ce cri retentit aujourd’hui dans les commissariats, dans les brigades de gendarmerie, dans les palais de justice. Partout où l’État exige de ses agents un dévouement sans limite pour des moyens insuffisants, la même mécanique se met en place : d’abord la résignation, puis l’épuisement, puis la défaillance et enfin le scandale et le dénigrement de la part des politiques.
Peut-être est-il temps d’arrêter la politique du chèque et du dénigrement, ces annonces de primes, de plans d’urgence et de missions de r***e lancées dans l’émotion de l’actualité, et de s’atteler sérieusement à restaurer le fonctionnement ordinaire des services de l’État.
Pas dans l’urgence d’un monstrueux fait divers, aussi tragique et révoltant soit il. Pas sous la pression d’une caméra. Il faut le faire sans arrière pensée, dans la durée, avec des moyens réels, des effectifs suffisants et une vision qui dépasse le prochain cycle électoral.
Chacun aura son avis là-dessus. Mais les 2,7 millions de dossiers en attente, eux, n’en ont pas.
La réponse est donc une question d’argent, de moyens, justement.
Peut-être faudra-t-il désormais que les services de l’État fonctionne à l’inversz ?
Avec une demande de budget précise ls besoins de ressources humaines, de logistique et de moyens matériels, seraient adressés par chaque cour, chaque juridiction après un vote en assemblée générale, et sur la base des recommandations européennes.
Ils serait connus et là, la question des moyens ne serait plus un argument de discussion.
Il faut parler de moyens, comme dans l’armée, l’hôpital, les transports, pour que justement, le fonctionnement soit assuré.
Sans cela, la machine judiciaire restera enrayée, injustement.
Le gouvernement savait que 2,7 millions de procédures sont en attente depuis 2022. Combien sont elles en réalité aujourd'hui ?
La mort de Lyhanna, cette petite fille de onze ans retrouvée sans vie dans le Gers le 4 juin 2026, a ouvert une brèche dans le silence politique qui entoure l’état réel de la justice française. Le suspect / mis en cause avait déjà fait l’objet de deux plaintes, dont une pour laquelle il n...