09/04/2020
COVID 19 – L’IMPACT EN DROIT DU TRAVAIL
FLASH N°1
Le gouvernement doit présenter jeudi 19 et vendredi 20 mars à l’Assemblée un projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19.
En l’état, ce projet contient peu de mesures, mais annonce de nombreuses ordonnances qui seront prises prochainement par le Gouvernement.
Vous trouverez ci-dessous les principales mesures qui devraient être prises, plus particulièrement celles qui auront un impact en matière social.
I/ L’état d’urgence sanitaire (art. 4 à 14)
Le projet de loi permet au Gouvernement de déclarer l’état d’urgence sanitaire sur tout ou partie du territoire par décret en Conseil des ministres pris sur le rapport du ministre chargé de la santé. La prolongation de l’état d’urgence sanitaire au-delà de 12 jours devra cependant être autorisée par la loi.
L’Etat d’urgence sanitaire donne pouvoir au Premier ministre de prendre par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, les mesures générales limitant notamment la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion (art. 9).
La violation de ces mesures de limitation seraient punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 5ème classe, soit 1 500 € pour les personnes physiques et 7 500 € pour les personnes morales (portées respectivement à 3 000 € et 15 000 € en cas de récidive).
II/ Les ordonnances attendues en matière sociale.
L’article 15 du projet prévoit d’autoriser le Gouvernement à prendre par ordonnance, dans un délai de 3 mois à compter de la publication de la loi, toute mesure visant à faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du Covid-19, et notamment de limiter les fermetures d’entreprises et les licenciements. Un projet de loi de ratification devrait être déposé devant le Parlement dans un délai de 2 mois à compter de la publication de chaque ordonnance.
Ces ordonnances pourront porter, notamment, sur:
• Le recours à l’activité partielle (chômage partiel).
Pour limiter les ruptures des contrats de travail, le gouvernement pourra faciliter et renforcer le recours à l’activité partielle, notamment en :
l’étendant à de nouvelles catégories de bénéficiaires,
réduisant le reste à charge pour l’employeur,
adaptant ses modalités de mise en œuvre,
favorisant une meilleure articulation avec la formation professionnelle et une meilleure prise en compte des salariés à temps partiel.
• Les modalités d’attribution de l’indemnité complémentaire aux IJSS versée par l’employeur en cas d’absence pour maladie ou accident, en cas de risque sanitaire grave et exceptionnel, notamment d’épidémie.
• Les conditions d’acquisition et de prise des congés payés.
Le Gouvernement pourrait prendre des mesures visant à permettre à l’employeur d’imposer ou de modifier unilatéralement les dates de prise d’une partie des congés payés, des jours de RTT et des jours de repos affectés sur le compte épargne-temps du salarié, en dérogeant aux délais de prévenance et aux modalités d’utilisation applicables définis par le Code du travail ainsi que par les conventions et accords collectifs.
• Les règles relatives au temps de travail (pour les secteurs de 1ère nécessité)
Des mesures pourraient permettre aux entreprises de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique et sociale de déroger de droit aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical.
• Les dates et modalités de versement des sommes dues au titre de l’intéressement et de la participation
Un texte pourrait autoriser les entreprises à modifier, à titre exceptionnel, les dates limites et les modalités de versement des sommes versées au titre de l’intéressement et au titre de la participation.
• Les modalités d’information et consultation du CSE
Un texte pourrait modifier les modalités d’information et de consultation du CSE pour lui permettre d’émettre les avis nécessaires dans les délais impartis.
Le projet prévoit également que le Gouvernement pourra :
- Modifier les modalités de l’élection visant à mesurer l’audience des syndicats dans les TPE, et, en conséquence, à titre exceptionnel, la durée des mandats des conseillers prud’hommes et des membres des commissions paritaires régionales interprofessionnelles (CPRI).
- Aménager les modalités de l’exercice par les services de santé au travail de leurs missions et notamment du suivi de l’état de santé des travailleurs et de définir les règles selon lesquelles le suivi de l’état de santé est assuré pour les travailleurs qui n’ont pu, en raison de l’épidémie, bénéficier du suivi prévu par le Code du travail.
- Adapter les dispositions dans le champ de la formation professionnelle et de l’apprentissage, notamment afin de permettre aux entreprises, aux organismes de formation et aux opérateurs de satisfaire aux obligations légales en matière de qualité et d’enregistrement des certifications et habilitations, de versement de contributions mais également d’adapter les conditions de prise en charge des coûts de formation, des rémunérations et cotisations sociales des stagiaires de la formation professionnelle.
III/ Les mesures envisagées dans les autres domaines
III.1/ Les mesures de soutien économique
Toujours dans le but de faire face aux conséquences économiques financières et sociales de la propagation du virus et, notamment de limiter les fermetures d’entreprises et les licenciements, pourraient ainsi être prises par ordonnance:
- Des mesures de soutien à la trésorerie des entreprises ;
- Des mesures d’aide directe ou indirecte au profit des entreprises dont la viabilité est mise en cause, notamment par la mise en place d’un fonds dont le financement serait partagé avec les collectivités territoriales ;
- Des mesures permettant de modifier « dans le respect des droits réciproques », les obligations des entreprises à l’égard de leurs clients et fournisseurs, notamment en termes de délais et pénalités et de nature des contreparties, en particulier en ce qui concerne les contrats de vente de voyages et de séjours ;
- Des mesures modifiant le droit des procédures collectives et des entreprises en difficulté pour faciliter le traitement préventif des conséquences de la crise sanitaire ;
- Des mesures permettant l’étalement du paiement des factures d’eau et d’énergie, le renoncement aux pénalités et l’interdiction des mesures d’interruption, suspension ou réduction de la fourniture susceptibles d’être appliquées en cas de non-paiement de ces factures, au bénéfice des petites et moyennes entreprises dont l’activité est affectée par la propagation de l’épidémie.
III.2/ Les mesures de simplification
Le Gouvernement serait autorisé à prendre par ordonnance toute mesure provisoire portant sur :
- Les délais applicables aux déclarations ou demandes administratives, les délais de consultation du public ou de toute autorité, les délais de réalisation de contrôles, travaux et prescriptions de toute nature imposées par les lois et règlements ;
- Le terme des délais prévus à peine de nullité, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, cessation d’une mesure ou déchéance d’un droit, fin d’un agrément ou d’une autorisation, cessation d’une mesure, à l’exception des mesures privatives de liberté, ou toute sanction ou autre effet.
- Les règles relatives à l’établissement, l’arrêté, l’audit, la r***e, l’approbation et la publication des comptes et des autres documents qui doivent être déposés publiés.
Notamment les règles relatives aux délais ou à l’affectation des bénéfices et au paiement des dividendes.
- Enfin, le Gouvernement serait autorisé à prolonger par ordonnance la durée de validité des visas de long séjour, titres de séjour, autorisations provisoires de séjour, récépissés de demande de titre de séjour ainsi que des attestations de demande d’asile qui ont expiré entre le 16 mars et le 15 mai 2020, dans la limite de 180 jours
- Le Gouvernement s’accorderait des délais pour prendre les autres ordonnances et les ratifier.