17/10/2026
LA COMPLEXITÉ EST DEVENUE UN PRIVILÈGE.
En France, lorsqu’une règle ne fonctionne pas, on ne la supprime pas.
On lui ajoute des dérogations.
Puis une procédure. Un dossier. Un diagnostic. Une expertise. Une commission. Des délais.
Je viens de lire l’article d’Alexandre Bagourd pour l’Institut Montaigne. Il met des mots très justes sur cette habitude française.
À force d’exceptions, nous avons fabriqué des règles illisibles, dont seuls ceux qui savent maîtriser la complexité tirent réellement parti.
Les grandes entreprises disposent de juristes, de conseils, de consultants et de trésorerie. Elles peuvent financer les études demandées, mobiliser des équipes et attendre une réponse pendant des mois, parfois des années.
Les administrations disposent elles aussi des services et des compétences nécessaires pour faire fonctionner cette mécanique. Et elles n’en supportent pas directement le coût.
Mais la PME, l’indépendant, le commerçant, l’association ou le particulier doivent continuer à travailler, payer leurs charges et décider. Ils n’ont ni le budget pour une succession d’expertises, ni le temps d’attendre que la machine administrative se prononce.
La complexité n’est pas neutre. Elle crée un droit à deux vitesses.
Elle protège ceux qui ont les moyens de la contourner et bloque ceux qui devraient pourtant pouvoir vivre et entreprendre simplement.
C’est la même logique en matière fiscale ou pour les agriculteurs : on impose des contraintes toujours plus lourdes, puis on invente des aides, des compensations et des dérogations pour en atténuer les effets.
À force, personne n’y gagne, sauf ceux qui savent naviguer dans le système.
Lorsqu’une règle ne tient plus qu’à force d’exceptions, elle ne corrige plus les injustices : elle les organise.
Une règle juste doit être simple, lisible et applicable à tous.