17/10/2026
Une longue mais passionnante journée artistique à Miami ce vendredi (eh oui, le décalage horaire me rajeunit de six heures par rapport à Paris, ce qui me fait poster le soir depuis la Floride quand vous me lisez le matin suivant), entre le tout numérique inventé par la silicon valley et les ambiances hispanophones venues de toute l’Amérique latine !
Je suis arrivé t**d dans la nuit précédente (entre jeudi et vendredi, donc), en raison du quartier festif (et de tours) où je dors ici et au sein duquel j’ai eu du mal à trouver une place pour me garer…
Il faut dire aussi que j’ai ensuite été perturbé par les robots nous contournant, ma grosse valise et moi, dans le but de livrer les commandes… Je suis resté un moment à les regarder, fasciné, amusé et perturbé par leur ballet.
Mais, ce vendredi matin une fois reposé - une courte nuit me convient, ainsi que des lecteurs le savent -, après avoir joint le cabinet et des clients en France - j’ai pris bien en avance le chemin de mes rendez-vous de travail, afin de faire un détour très heureux pour visiter l’incroyable Vizcaya Museum & Gardens.
Ce palais a été édifié au début du XXe siècle par et pour un James Deerin qui était un… fabricant de machines agricoles, grand amateur d’art et devenu milliardaire.
La Renaissance italienne, originale ou copiée, prime dans la composition architecturale démesurée qu’il a imaginée, fait édifier et embellir par un millier d’artisans.
Nombre d’œuvres authentiques (tapis, meubles, sculptures, etc.) décorent les innombrables pièces et le patio de la demeure, dont la terrasse géante surplombe un faux navire à demi-englouti dans la baie de Biscayne…
Puis j’ai pris la route pour la célèbre Miami Beach, qui est est en réalité, administrativement, une ville insulaire ; mais, comme elle est reliée par deux ponts au continent et à la Miami d’origine, elle se fond dans l’agglomération de près de 7 millions d’habitants.
Une fois sorti des embouteillages obligés menant Miami Beach, puisque j’avais plus de temps que prévu, mon idée étaiit de me garer un peu loin du but de la visite. Je voulais marcher un peu sur l’île afin de j***r de l’air de l’océan et du panorama des beaux immeubles art déco, puisque construits après le terrible ouragan de 1926. J’ai ainsi gagné en flânant le Wolfsonian-FIU (pour Florida International University) qui est à la fois une fondation et un musée consacrés aux Arts décoratifs.
J’y ai été accueilli par le Directeur, Michael Hughes, puis ai été présenté aux membres du Board. La discussion a duré plus que prévu. Un de mes hôtes a eu la gentillesse de préciser à l’assemblée qui m’écoutait en homme de loi (et qui me sait déjà écrivain), mes anciennes qualités de Secrétaire général du Musée Yves Saint-Laurent-Paris et de membre de la commission d’acquisition et « expert livres » des Musées des Arts décoratifs (trois car l’un est le musée éponyme, vaisseau central du trio, situé rue de Rivoli, à touche-touche avec le Louvre, un autre est à Bordeaux et enfin le dernier, mais pas le moindre, est le musée Nissim de Camondo, dans la capitale).
Nous étions dans le thème : passion pour l’art sous tous ses aspects, dans les vêtements et les parures, de la mode aux bijoux, dans les affiches, notamment de propagande, les ustensiles du quotidien, les meubles, etc.
J’ai ajouté que j’avais été huit ans durant Conservateur du Musée du barreau de Paris, aux superbes fonds de documents et d’objets, hélas remis et restés en caisse après mon départ, il y a plus de cinq ans, par décision, en particulier, de trois Bâtonniers ou Vice-Bâtonniers au goût pour l’histoire, l’art et la mémoire, bref la culture, inversement proportionnel à leur carriérisme).
J’ai ensuite bénéficié, au sein des sept étages du Wolfsonian, d’une visite privée des collections, des réserves et des salles fermées au public, grâce à l’Italienne, parfaitement francophone et amicale Silvia Birasione, la Conservatrice en chef.
Vous l’avez compris : l’art déco (mais pas que) est plus qu’à l’honneur dans ce très beau musée que je vous invite à fréquenter entre deux promenades le long de la plage de des bars.
Pour ceux qui croient déjà bien connaître Miami, je précise que l’endroit, niché dans un bâtiment magnifique au cœur du quartier historique art déco de Miami Beach, n’est ouvert au public que depuis 1995.
Vous êtes venus en Floride il y a longtemps ? Retournez par conséquent arpenter la capitale du Sunshine State pour cette seule raison !
Vous en profiterez sans doute, comme moi au coucher du jour, pour découvrir le richissime PAAM (Perez Art Museum Miami), ouvert en 2013 et consacré essentiellement à l’art un peu moderne et très contemporain des créateurs latinos et afro-américains engagés. Il y a là de très belles toiles de Matta, de Wilfredo Lam, des œuvres intéressantes de Rauschenberg ou encore de Frank Stella.
Des toiles de plusieurs jeunes artistes d’Amérique du Sud ou des Antilles sont plus qu’encourageantes.
Tout cela est cependant noyé par le flot de croûtes, photographies ou installations au discours politique peu subtil, destiné à impressionner le citoyen candide peu habitué à l’art (et qui n’ose pas critiquer) ou à orner les salons de multi-millionnaires (on en trouve parmi les donateurs démocrates) cherchant à se faire peur.
On se croirait dans les locaux désormais cossus de Libération, de Sciences-po ou de ses modèles, les campus américains les plus onéreux et donc délirants de wokisme.
La très vaste et chère boutique du musée est à l’avenant et lève toute ambiguïté : kits portatifs de tenues et tapis de yoga (on cherchera en vain le lien avec l’art…), tee-shirts à slogan (« Black Art Matters » étant le moins simpliste…), poupées à l’effigie de Basquiat (qui bénéficie d’une exposition temporaire), etc.
Le Monsieur Perez fondateur a d’abord signé un chèque de 40 millions de dollars (de 2013…), suivi par une cohorte de bienfaiteurs se sentent coupables à la fois de la traite négrière ou du mur érigé le long de la frontière avec le Mexique, sans oublier le réchauffement climatique. Cela va souvent de 1 à 20 millions de dollars par personne.
Un seul a voulu demeurer « anonyme » (les autres sont fiers que leur nom figure a minima à l’accueil) et a même versé, sans retour publicitaire aucun, 20 millions afin de lutter via l’art contre le capitalisme occidental et la domination…
Le résultat : de beaux tableaux et des nouveaux talents cernés par le militantisme le plus Lénifiant dans un environnement de très grand standing.
Le contraste et la confrontation caricaturent à peine Miami : une majorité de Latinos plus ou moins bien portants (cela va des travailleurs clandestins ou d’autres pauvre gens avec qui je n’ai parlé qu’en espagnol jusqu’aux anticastristres embourgeoisés et enragés telle la négociante en parfum richissime et illettrée que j’avais pour voisine dans l’avion), des voiture rutilantes et des mobylettes déglinguées, des yachts et des bateaux de croisière démesurés (car conçus pour les milliers de retraités en groupe ou des familles nombreuses) en partance pour les Caraïbes, des gratte-ciels inouïs et des baraques servant de la nourriture graisseuse pour gens démunis, des voituriers et des mot**ds sans casque, des villas somptueuses en bord de mer et des cohortes de petites-mains aux salaires de misère se faisant concurrencer et bientôt avaler par les intelligences artificielles omniprésentes dont elles font la démonstration aux voyageurs d’affaires internationaux et aux touristes venus du mid-west.
Ce show permanent que j’avais oublié ou qui s’est intensifié se tient sous un temps immanquablement ensoleillé toute l’année.
Les mid-terms, ces élections qui se jouent dans quinze jours, sont partout dans l’air et à l’affiche. Elles sentent l’affrontement et risquent d’être aussi peu apaisées que les scrutins à venir dans l’hexagone.
Je suis, pour sûr, bien arrivé (et de retour après plus qu’une décennie) en Floride !
Et je me sens comme les écureuils que je me suis arrêté pour observer en traversant à pieds le parc de Downtown, c’est à dire surpris et hagard au début, puis suffisamment alertes et avertis ensuite pour regarder ce spectacle fascinant depuis une haute branche…