06/01/2026
Je vais l’appeler Monsieur C.
Parce que mon métier impose la confidentialité.
Et parce que, de toute façon, l’histoire compte plus que le nom.
Il m’a appelée peu avant Noël 2024 pour prendre rendez-vous.
Je lui ai proposé tout début janvier 2025.
Avant de raccrocher, je lui ai souhaité de bonnes fêtes. "Malgré tout".
Il m’a répondu simplement :
« Vous savez, Maître, je ne passerai pas Noël avec mes enfants. Alors, ce ne seront pas de bonnes fêtes. »
Je lui ai dit que, dans les séparations, cela arrive.
Que je comprenais.
Que j’étais passée par là, moi aussi.
Il y a eu un silence.
Puis cette phrase, qui coupe le souffle :
« Oui… mais moi, je suis en phase terminale... »
Tout début janvier 2025, je l’ai rencontré.
Il ne voyait plus ni son épouse, ni ses enfants. Ils ne lui parlaient plus.
Ils avaient quitté la maison familiale.
Le lien était rompu.
La colère, la fatigue, la maladie avaient tout emporté.
À ce stade de la vie,
le patrimoine,
le sort du bien immobilier commun,
l’argent,
tout cela n’avait plus aucune importance.
Ce qui comptait, c’était autre chose.
Il voulait que je le défende et que je porte sa voix.
Et que je l’aide à trouver la solution la plus simple, la plus confortable possible, pour ses derniers mois de vie.
Nous avons donc parlé de l’essentiel.
De lui.
De ses valeurs.
De ses aspirations.
J’ai plaidé pour lui en novembre, sur assignation en divorce de son épouse.
L’audience de plaidoiries a eu lieu la veille de son entrée à l’hôpital. Il n'en est jamais ressorti...
Il pesait à peine 35 kilos à l'audience.
Il tenait à être présent. Il se déplaçait avec des béquilles.
Ce jour-là j’ai compris, plus que jamais, ce que signifie "porter la voix de quelqu’un".
Au revoir Monsieur C.