L'huissier est le successeur des lointains executores de l'antiquité, qui étaient chargés d'appliquer les décisions des juges.
Une profession qui s'apparente aujourd'hui à celle des huissiers de justice existait dès l'Antiquité. À cette époque, sous la Pax Romana, on avait recours à des officiales pour faire appliquer les décisions des juges.
Suivant leurs fonctions, les officinales avaient des titres différents. Parmi eux, on retiendra les apparitores et les executores. Les premiers avaient pour mission de rassembler le peuple lors des jugements, d'introduire les justiciables et d'assurer la police des audiences. Les seconds procédaient aux saisies des biens des débiteurs ou à des « contraintes par corps » par lesquelles le créancier se faisait payer en emprisonnant son débiteur.
Les invasions barbares mirent fin à la Pax Roman et la justice privée réapparut.
Les différentes juridictions qui émergèrent au Moyen Âge, qu'elles soient seigneuriales, ecclésiastiques ou royales, eurent besoin d'une diversité d'agents assermentés ayant une autorité suffisante pour faire exécuter leurs décisions.
C'est ainsi que les officinales romains devinrent sergents et huissiers. Les sergents, qui s'occupaient plus particulièrement des significations dans les juridictions seigneuriales, devaient mettre en forme les demandes des plaideurs et exécuter les décisions rendues par les juges. Les huissiers, dont le nom vient de « l'huis », la porte, avaient la mission du service intérieur des audiences et de la police des tribunaux.
Progressivement, les huissiers devinrent les officiers des juridictions importantes tandis que les sergents furent relégués aux juridictions de second ordre.
Leurs compétences s'élargirent, et il devint de plus en plus difficile de tous les regrouper en une seule catégorie.
Mais différents symboles permettaient de les distinguer : on pouvait les reconnaître à leurs manteaux bigarrés puis rayés et à leur « petite baguette ronde, en ébène, longue d'une trentaine de centimètres garnie de cuivre ou d'ivoire » appelée « verge ».
Des textes français des XIVe xve siècles disposaient que l'huissier devait avoir un bon cheval de la valeur de 100 livres, des armes suffisantes et une « verge » de la valeur de 50 livres et précisaient par ailleurs qu'il devait être marié, tonsuré et porter continuellement son costume rayé. Si l'huissier était un des symboles de l'autorité royale, c'était la « verge » qui était la principale caractéristique de son autorité. Les huissiers devaient toucher, selon un décret de 1568, « ceux auxquels ils auront la charge de faire exploit de justice ». Dès que l'huissier avait touché quelqu'un de sa « verge », celui-ci lui devait obéissance et soumission.
De plus, un anneau d'argent porté à leur pouce leur servait à sceller les relations de leurs exploits.
Avec le temps, les costumes des huissiers évoluèrent et varièrent selon les lieux et les juridictions. Tantôt robe de laine puis de satin noir, simple bonnet puis toque de velours à cordon d'or... Le plus empanaché de tous était sans doute celui du premier huissier du Parlement de Paris qui avait le titre de Maître, la qualité d'écuyer donc de noble et dont le costume était une robe rouge avec un bonnet de drap d'or, retroussé d'hermine avec une grosse perle.
Au xvie siècle, les huissiers perdirent l'obligation du port de leur costume. Les signes permettant de les distinguer se réduisirent à un écusson à trois fleurs de lys porté sur l'épaule et toujours la « verge ».
Parallèlement, au sein de ce corps de métier, les attributions se partagèrent. Ainsi, les sergents et huissiers près la juridiction du Châtelet de Paris étaient divisés en huissiers audienciers pour les tribunaux, sergents à cheval pour les faubourgs et les campagnes, sergents à pied ou à verge pour le centre de la ville, huissiers priseurs (les commissaires-priseurs d'aujourd'hui), huissiers à la douzaine (les gardes du Prévôt), huissiers dit fieffés dépendant uniquement du Châtelet qui pouvaient exploiter dans tout le royaume.
En 1705, un édit réunit en un seul corps la communauté des sergents à verge et à cheval du Châtelet en leur donnant le titre commun d'« huissier ». Jusqu'alors le titre d'huissier avait été réservé aux sergents à verge qui devinrent la même année « huissiers sergents à verge ». Ceci leur permit « d'exploiter en toute matière dans toute l'étendue du royaume et de résider où bon leur semblerait ».
Cette unification s'accompagna d'une réglementation quant à leur nombre.
Jusqu'à un arrêt du 22 Thermidor an VIII, chaque tribunal devait indiquer par un avis le nombre d'huissiers qui lui était nécessaire permettant ainsi au pouvoir central de reprendre en main cette catégorie professionnelle.
Ainsi apparut une ébauche du statut de l'huissier, renforcée par un décret impérial, datant du 14 juin 1813. Celui-ci reprenait d'ailleurs certains textes anciens pour déterminer par exemple le mode de nomination des huissiers et pour fixer les connaissances requises ainsi que les attributions exactes de ces officiers.
Aujourd'hui, les huissiers de justice (qui ont reçu cette qualification en 1955) n'exercent plus en costume et ont posé la « verge ».
Le statut actuel des huissiers de justice résulte d'une ordonnance du 2 novembre 1945 et d'un décret d'application du 29 février 1956, plusieurs fois modifiés : ces textes fixent les limites de leur monopole, les conditions de leur responsabilité professionnelle, précisent leur statut et autorisent leur groupement ou leur association.
Différents articles du Code pénal renforcent les sanctions applicables à certaines infractions lorsqu'elles sont commises sur la personne d'un huissier dans l'exercice de ses fonctions.
Les huissiers de justice sont des officiers ministériels, titulaires de leur fonction grâce à une charge acquise avec l'agrément des pouvoirs publics, et détenant le monopole de la signification des actes.
Conformément aux dispositions des articles 1317 et 1322 du code civil et à celles de l'article 2 de la loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 les PV de constat et les actes signifiés par huissier sont opposables à tous et ont valeur d'acte authentique. À ce titre, l'huissier de justice est également un officier public.
Il peut être requis pour établir des constats matériels, soit à la demande de la justice (pour constater des faits matériels qui peuvent servir de renseignements utiles dans le cadre d'une procédure judiciaire), soit à la demande d'un particulier (par exemple pour dresser un constat d'adultère, pour établir un état des lieux, pour constater un trouble de voisinage, ou pour garantir le caractère équitable d'un concours ou d'une loterie publicitaire).
De plus, étant habilité à procéder au recouvrement amiable ou judiciaire de toute créance, l'huissier de justice peut procéder à des saisies (saisie-attribution, saisie-vente).
Enfin, en application d'une décision de justice, l'huissier peut procéder à une opération d'expulsion.
Il faut cependant noter que les huissiers bénéficient d'un droit de retrait, et peuvent donc refuser d'intervenir dans certaines affaires, notamment lorsqu'il y a conflit d'intérêt ou si les frais d'exécution seraient trop élevés par rapport à la créance. Dans le cas d'un conflit d'intérêt, le créancier peut toujours demander à la Chambre départementale des huissiers de justice de désigner un huissier de justice.
De nos jours, les huissiers de justice exercent leur profession dans un cadre territorial défini par décret, qui correspond généralement au ressort du tribunal de grande instance de leur résidence professionnelle, mais leur compétence peut parfois être étendue à plusieurs tribunaux d'instance dépendant du même tribunal de grande instance.
Les huissiers audienciers, sont chargés du service extérieur des tribunaux. Choisis par chaque juridiction parmi les huissiers de justice de son siège, ils ont pour mission d'assister aux audiences pour faire l'appel des causes et maintenir l'ordre sous l'autorité du président. Ils assurent également les significations des actes (assignations, conclusions) d'avocat à avocat. Leur ministère est toujours obligatoire pour les constitutions d'avocat devant le TGI.
La profession est organisée en chambres, aux niveaux départemental, régional et national.
Le candidat à la profession d'huissier doit être de nationalité française, avoir obtenu au minimum une maîtrise de droit, ou son équivalent, et avoir fait un stage d'une durée d'au moins deux ans dans une étude d'huissier. Il doit enfin réussir à l'issue de cette formation l'examen professionnel d'huissier de justice.
Nommé par le ministre de la justice, il doit soit indemniser l'huissier de justice qui le présente et auquel il succède, soit acquérir les parts d'une société civile professionnelle.
C'est Saint Appronien qui est le saint patron des huissiers de justice.