12/10/2026
Il y a des dossiers que l’on referme. Et d’autres qui viennent nous retrouver, 20 ans plus t**d.
Il y a quelques semaines, un rendez-vous personnel me conduit chez un thérapeute que je ne connais pas.
Pour les besoins de la consultation, il me demande quel est mon métier.
Je lui parle du droit de la famille, des enlèvements internationaux d’enfants, de l’Italie. Nous découvrons que nous partageons les mêmes racines.
Puis, au fil de l’échange, je comprends.
Cet homme est un proche de la famille d’un client que j’ai accompagné il y a près de 20 ans: mon tout premier dossier d’enlèvement international d’enfants entre la France et l’Italie.
Celui qui m’a tout appris. Qui m'a forgé même.
Un père, en Italie, dont les deux enfants avaient été emmenés en France par leur mère, à son insu.
Une procédure dense, éprouvante, menée jusqu’en cassation.
Et au bout, le retour des enfants auprès de leur père.
Puis le dossier s’est refermé.
La vie a repris son cours, sans moi.
Ce jour-là, chez ce thérapeute, la chance m'est offerte d'avoir des nouvelles de ces deux enfants.
Ils avaient 7 et 9 ans quand je les ai connus, pris dans un conflit parental d’une rare intensité. Une période très sombre pour eux.
Ils ont grandi, fait des études, exercent leur métier.
Ils entretiennent une relation apaisée avec chacun de leurs parents.
Et ce thérapeute devait les retrouver quelques jours plus t**d... pour une partie de foot...
Improbable.
J’avoue avoir eu du mal à garder ma contenance.
Car c’est la part invisible de notre métier : nous intervenons à des moments les plus sombres d’une histoire familiale, nous nous battons pour une décision, puis nous sortons du récit. Sans savoir ce qu’elle permettra, 20 ans plus t**d.
Une décision de justice n’est pas qu’un jugement. C’est une trajectoire de vie.
Et l’avocat qui accompagne une famille dans la tempête n’est pas un simple technicien du droit : par sa stratégie, son engagement, sa présence, il peut peser de façon déterminante sur cette trajectoire.
Je n’y ai contribué qu’en partie. Mais j’y ai contribué.
Je mesure aussi l’improbable de ce moment.
Je sais que sans un confrère italien qui cherchait à l'époque un avocat italophone à Grenoble, sans une consœur qui lui a donné mon nom, ce confrère italien ne m'aurait jamais contacté.
Je n’aurais jamais eu à intervenir dans ce dossier.
Ni découvert cette matière qui m’anime au plus profond.
Ni retrouvé, 20 ans après, quelqu’un qui se souvenait, comme le témoin précieux d'une histoire de vie.
Ce n’est pas la première fois que mon chemin recroise celui d’anciens clients.
C’est, à chaque fois, la même émotion et la même gratitude.
Si vous êtes aujourd’hui ce parent séparé de son enfant, sachez-le : ce que l’on construit maintenant, on le construit aussi pour dans 20 ans.
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