02/09/2026
Frais bancaires sur succession : le Conseil constitutionnel valide leur plafonnement mais censure leur gratuité totale !
👉 Le Conseil constitutionnel vient de rendre, le 19 juin 2026, une décision particulièrement importante pour tous les héritiers et les établissements bancaires. Il valide le plafonnement des frais bancaires prélevés lors du règlement d'une succession, fixé à 1 % du montant total des soldes et produits d'épargne du défunt, mais censure les dispositions qui imposaient leur gratuité totale dans certains cas. Une décision en demi-teinte qui mérite d'être analysée en détail pour en mesurer les conséquences concrètes pour les héritiers 🔍
👉 Le cadre législatif : la loi du 13 mai 2025 :
La loi n° 2025-415 du 13 mai 2025 visant à réduire et mieux encadrer les frais bancaires prélevés lors du règlement d'une succession a constitué une avancée législative importante pour les héritiers. Elle a introduit dans le Code monétaire et financier un nouvel article L. 312-1-4-1 qui prévoyait deux dispositifs distincts.
Le premier dispositif concernait la gratuité totale des frais bancaires dans trois situations spécifiques : lorsque l'héritier justifie de sa qualité et que les opérations ne présentent pas de complexité manifeste, lorsque le montant total des soldes et produits d'épargne du défunt est inférieur à un certain seuil, et lorsque le défunt était mineur à la date de son décès.
Le second dispositif concernait le plafonnement des frais bancaires dans les autres cas, fixé à 1 % du montant total des soldes des comptes et de la valorisation des produits d'épargne du défunt. Ce plafond pouvait être précisé par un décret fixant un second plafond en valeur absolue, dans la limite du premier 💡
👉 La saisine du Conseil constitutionnel :
Une banque a saisi le Conseil constitutionnel d'une question prioritaire de constitutionnalité, QPC (procédure permettant à tout justiciable de contester la constitutionnalité d'une disposition législative applicable à son litige), pour contester les dispositions de l'article L. 312-1-4-1 du Code monétaire et financier.
Elle faisait valoir que ces dispositions portaient une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre et à la liberté contractuelle, qui sont des libertés constitutionnellement garanties. Le Conseil constitutionnel a examiné séparément les deux dispositifs prévus par la loi ⚡
👉 La décision du Conseil constitutionnel du 19 juin 2026 (n° 2026-1207 QPC) :
Sur le plafonnement des frais : constitutionnel ✅
Le Conseil constitutionnel relève tout d'abord que l'encadrement des frais bancaires sur succession ne concerne qu'une part très limitée de l'activité des établissements de crédit, puisqu'il est uniquement applicable aux opérations réalisées dans le cadre du règlement des successions.
Il juge ensuite que le plafonnement des frais à 1 % du montant total des soldes et produits d'épargne du défunt n'est pas de nature à empêcher les établissements de crédit de couvrir les coûts de revient des prestations effectuées dans le cadre des successions. Il précise que s'il appartient au pouvoir réglementaire de fixer le montant du second plafond en valeur absolue prévu par la loi, ce montant devra être fixé à un niveau suffisamment élevé pour éviter les seules tarifications abusives.
Sur cette base, le Conseil constitutionnel juge que les dispositions contestées, en tant qu'elles prévoient un plafonnement des frais bancaires sur succession, ne portent pas à la liberté d'entreprendre et à la liberté contractuelle une atteinte disproportionnée à l'objectif poursuivi. Le plafonnement est donc constitutionnel 💡
Sur la gratuité totale des frais : inconstitutionnelle ❌
En revanche, le Conseil constitutionnel censure les dispositions qui prévoyaient la gratuité totale des frais dans les trois situations identifiées par la loi.
Les Sages soulignent certes qu'il est loisible au législateur de prévoir une protection particulière des consommateurs dans ces situations. Mais ils estiment qu'en interdisant aux établissements de crédit toute facturation des opérations réalisées dans ces trois cas, quel qu'en soit le coût, les dispositions contestées portent, au regard de l'objectif poursuivi, une atteinte disproportionnée à la liberté d'entreprendre et à la liberté contractuelle.
Par conséquent, le Conseil constitutionnel juge inconstitutionnels les mots « ne font l'objet d'aucuns frais » et les mots « dans les cas suivants » figurant au premier alinéa de l'article L. 312-1-4-1 du CMF, ainsi que les 1° à 3° de cet article qui définissaient les trois cas de gratuité totale 🚫
👉 La portée de la décision : deux clarifications essentielles :
Cette décision est importante à plusieurs titres.
Première clarification : le plafonnement à 1 % reste en vigueur
La décision du 19 juin 2026 confirme que le plafonnement des frais bancaires sur succession à 1 % du montant total des soldes et produits d'épargne du défunt est constitutionnel et reste pleinement applicable. Pour les héritiers, c'est une avancée concrète et importante : les banques ne pourront pas facturer au-delà de ce seuil pour les opérations liées au règlement de la succession.
Deuxième clarification : la gratuité totale est inconstitutionnelle en l'état
La censure des dispositions de gratuité totale ne signifie pas que le législateur ne peut pas protéger les héritiers dans les situations les plus simples ou les plus modestes. Elle signifie seulement qu'il ne peut pas le faire en interdisant toute facturation quel qu'en soit le coût. Le législateur conserve la faculté de réécrire ces dispositions de manière moins contraignante pour les banques — par exemple en prévoyant un plafond très bas plutôt qu'une gratuité totale — pour maintenir une protection renforcée dans ces situations 🔍
👉 Les implications pratiques pour les héritiers :
Cette décision appelle plusieurs recommandations pratiques importantes.
💡 Pour les héritiers en cours de règlement de succession : le plafonnement à 1 % des frais bancaires est constitutionnel et applicable. Si votre banque vous facture des frais supérieurs à 1 % du montant total des soldes et produits d'épargne du défunt, vous pouvez contester ces frais.
💡 Pour les héritiers dans les situations qui auraient dû bénéficier de la gratuité : la censure des dispositions de gratuité signifie que vous n'êtes plus protégé par ces mesures spécifiques. En revanche, le plafonnement général à 1 % reste applicable et constitue une protection minimale non négligeable.
💡 Pour les familles anticipant une succession : cette décision rappelle l'importance d'organiser sa succession en amont, notamment en prévoyant des dispositions claires sur la gestion des comptes bancaires après le décès, afin de minimiser les frais bancaires liés au règlement de la succession 🛡️
👉 En conclusion :
La décision rendue par le Conseil constitutionnel le 19 juin 2026 (n° 2026-1207 QPC) apporte une clarification importante sur l'encadrement des frais bancaires sur succession. Elle valide le plafonnement à 1 % du montant total des soldes et produits d'épargne du défunt, tout en censurant les dispositions qui imposaient une gratuité totale dans trois situations spécifiques.
Pour tous les héritiers, cette décision est un signal mitigé mais globalement positif : le plafonnement reste en vigueur et constitue une protection réelle contre les tarifications excessives. La gratuité totale devra attendre une nouvelle rédaction législative plus respectueuse de la liberté d'entreprendre des établissements bancaires.
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