05/01/2026
Aujourd’hui, s’ouvre devant la Cour criminelle d’Aix-en-Provence un procès collectif, avec 18 victimes, de viols sous soumission chimique, captations, enregistrements ou transmissions d’images impudiques, ou encore l’administration de substances nuisibles.
J’ai l’honneur de défendre 6 d’entre elles.
Et tout de suite une vérité me frappe. Je me heurte à une réalité : ce procès est collectif, même si les blessures sont personnelles et intimes.
Le huis clos en est l’exemple le plus délicat.
Lorsqu’une seule victime le demande — pour se protéger, pour pouvoir parler — ce choix, légitime, peut suffire à faire basculer l’audience entière.
Les 17 autres parties civiles auraient voulu la publicité des débats : parce qu’elles y voient une forme de reconnaissance, parce qu’elles veulent que ce qui a été cesse d’être caché, parce que la honte doit changer de camp.
Mais au pénal, la protection de l’une peut emporter le droit symbolique des autres.
C’est là que la justice devient un équilibre impossible : protéger sans effacer, préserver l’intime sans confisquer le sens collectif du procès.
Et puis, autre difficulté majeure : La sérialité des viols reprochés.
Ce que je défends, ce n’est pas 6 histoires posées côte à côte. Mais un ensemble de faits dans une continuité de temps, avec un même schéma qui se répète : mêmes méthodes, mêmes contextes, mêmes mécanismes d’emprise.
Malheureusement, notre droit continue à regarder fait par fait, victime par victime, dans un procès unique, comme si la répétition n’était qu’un hasard et pas un langage.
En droit français, la sérialité est encore mal pensée.
Alors ce procès, dès son ouverture, bouscule les réflexions : Comment rendre justice quand la protection de l’une peut faire taire les autres, et quand des violences répétées sont jugées comme des faits isolés cumulés dans une même audience ?
Le procès est collectif.
Le droit, lui, ne l’est pas encore.