19/09/2026
VINDICTE POPULAIRE : QUAND LA FOULE REND JUSTICE À LA PLACE DU JUGE
« Il a été attrapé, donc il est forcément coupable. »
Cette logique est dangereuse.
Être soupçonné d’avoir commis une infraction ne signifie pas être coupable. Et être poursuivi ne signifie pas davantage être condamné.
Au Tchad, la présomption d’innocence est un principe constitutionnel. L’article 25 de la Constitution dispose :
«« Tout prévenu est présumé innocent jusqu’à l’établissement de sa culpabilité à la suite d’un procès régulier offrant des garanties indispensables à sa défense. »»
Il faut ici distinguer les termes.
Le prévenu est la personne poursuivie devant une juridiction correctionnelle ou de police.
L’accusé, quant à lui, est la personne renvoyée devant une juridiction criminelle pour y répondre d’une accusation criminelle.
Mais qu’il soit prévenu ou accusé, sa culpabilité n’est pas acquise du seul fait de la poursuite : elle doit être judiciairement établie.
Or, la vindicte populaire fonctionne exactement à l’inverse. Elle transforme le soupçon en culpabilité, puis la culpabilité supposée en condamnation immédiate, parfois même en violence physique.
⚠️ Être soupçonné n’est pas être coupable. Être prévenu ou accusé n’est pas être condamné.
La justice pénale repose sur une procédure : recherche des preuves, respect des droits de la défense, débat devant la juridiction compétente et décision judiciaire.
La foule n’a ni la compétence ni le pouvoir de prononcer une condamnation pénale.
Même lorsqu’une personne est finalement reconnue coupable, cela ne donne à personne le droit de la juger ou de la punir à sa place.
La vindicte populaire ne rend donc pas justice : elle se substitue à la justice.
Dans un État de droit, une accusation doit être examinée selon les règles de procédure et une culpabilité doit être établie à l’issue d’un procès régulier, conformément à l’article 25 de la Constitution.
Un suspect n’est pas un condamné.
Un prévenu n’est pas encore un condamné.
Un accusé n’est pas encore un condamné.
Une foule n’est pas un tribunal.
Attention je vous connais. Je ne dis pas que le Monsieur sur l’image n’a rien fait. Je dis simplement que même s’il a fait quelque chose, il revient à la Justice de le condamner dans le respect des droits de la défense 😅
Me GOLMEM Hervé, Avocat stagiaire au Barreau du Tchad.