12/17/2025
Une enquête visant à établir les faits entourant un événement aussi grave que la mort du jeune Nooran Rezayi est complexe. Elle doit analyser la perspective de toutes les personnes impliquées : témoins, suspects et policiers. Chacun constitue un univers en soi, avec sa propre perception, son interprétation et sa compréhension des faits au moment de l’événement.
Le BEI devra notamment faire la lumière sur la formation reçue par le policier impliqué, mais aussi sur l’ensemble des renseignements opérationnels mis à sa disposition avant l’intervention — non seulement lors du briefing précédant le quart de travail, mais également à travers les informations transmises par la section du renseignement au cours des semaines et des mois précédant le drame. Les données relatives aux gangs locaux, à leurs activités, à leur niveau de violence et aux menaces connues dans le secteur font partie intégrante du contexte opérationnel.
Il faudra également analyser les enseignements reçus par le policier en matière d’interventions à haut risque, incluant les protocoles, les techniques de communication et les sommations verbales. Les appels reçus au 911 et les renseignements relayés aux policiers sont des éléments cruciaux dans l’analyse de la prise de décision sur le terrain.
Dans la même logique, l’enquête devra aussi examiner les facteurs propres au jeune impliqué, notamment son parcours éducatif, les notions reçues concernant le respect des ordres policiers, ainsi que sa capacité réelle à comprendre ces ordres, incluant son niveau de maîtrise de la langue française.
Il est également important de rappeler que, dans des événements aussi tragiques et médiatisés, la mémoire humaine peut être mise à rude épreuve. Le stress intense et le choc émotionnel peuvent altérer la précision des souvenirs, ce qui explique que certains témoignages puissent être incomplets ou contradictoires, sans qu’il y ait nécessairement mauvaise foi.
Une enquête professionnelle repose sur une analyse méthodique, structurée et documentée des faits, en croisant les sources, en validant l’information et en évitant toute conclusion hâtive. L’indépendance de l’enquêteur est essentielle pour assurer une analyse crédible et objective.
Enfin, dans un dossier aussi médiatisé, il est raisonnable de s’attendre à ce que le BEI rende compte de son enquête au moment opportun. La transparence, la rigueur et la patience sont essentielles pour faire toute la lumière sur les circonstances d’un tel drame et maintenir la confiance du public.
Pierre Goulet, Président BEP