08/09/2024
"ARBITRAGE, MEDIATION ET DIPLOMATIE NON GOUVERNEMENTALE EN AFRIQUE :
Jeux, enjeux et perspectives pour une approche panafricaniste authentique de prévention et de gestion des conflits inter et intra étatiques en vue de la construction d’une unité institutionnelle Panafricaine."
L'Afrique est un continent riche en diversités culturelles, politiques et économiques, mais cette richesse s'accompagne de nombreux défis, notamment en matière de conflits inter et intra-étatiques. Les guerres civiles, les tensions ethniques, et les différends frontaliers sont autant de réalités qui ont fragmenté le continent, rendant difficile l’émergence d’une unité institutionnelle. Dans ce contexte, les outils de résolution de conflits tels que l'arbitrage, la médiation et la diplomatie non gouvernementale (DNG) jouent un rôle crucial. Cette analyse explore comment ces outils peuvent être utilisés dans une approche panafricaniste authentique pour la prévention et la gestion des conflits en Afrique, tout en contribuant à la construction d'une unité institutionnelle panafricaine.
I. Contexte et Définition des Concepts
1.1. L’Arbitrage
Arbitrage est un mécanisme de résolution des litiges dans lequel les parties en conflit soumettent leur différend à un ou plusieurs arbitres indépendants qui rendent une décision obligatoire. En Afrique, l’arbitrage est souvent utilisé pour résoudre les litiges commerciaux, mais son application dans les conflits inter et intra-étatiques reste limitée. Comme l'a souligné Kwame Nkrumah, « L'unité de l'Afrique est à la fois une nécessité politique et un impératif économique. » L'arbitrage, dans une perspective panafricaniste, pourrait servir d'outil pour renforcer cette unité en résolvant pacifiquement les différends.
1.2. La Médiation
La Médiation est un processus volontaire dans lequel un médiateur impartial aide les parties à parvenir à une solution mutuellement acceptable. Contrairement à l’arbitrage, la médiation ne se termine pas par une décision contraignante, mais plutôt par un accord qui reflète la volonté des parties. Amílcar Cabral, figure emblématique du panafricanisme, disait : « Nous devons toujours avoir à l'esprit que nous devons transformer notre monde en un lieu où l'homme ne sera plus l'ennemi de l'homme. » La médiation, avec ses valeurs de dialogue et de compromis, incarne cet esprit de réconciliation et d'humanité.
1.3. La Diplomatie Non Gouvernementale (DNG)
La DNG désigne les efforts diplomatiques menés par des acteurs non étatiques, tels que les ONG, les organisations religieuses, ou les personnalités influentes. Ces acteurs jouent souvent un rôle de facilitateur dans les négociations de paix, apportant des perspectives nouvelles et aidant à construire la confiance entre les parties en conflit. Mbombog Mbog Bassong, gardien des traditions et philosophe africain, rappelle que « La sagesse ancestrale enseigne que la paix est la première des richesses, car elle est le terreau où croît la prospérité. » La DNG, en tant que force morale et sociale, incarne cette sagesse en intervenant là où les États échouent.
II. Jeux et Enjeux des Mécanismes de Résolution des Conflits en Afrique
2.1. Les Jeux d’Acteurs
En Afrique, l’utilisation de l’arbitrage, de la médiation et de la DNG implique une diversité d'acteurs : les États, les organisations régionales (telles que l'Union Africaine), les communautés locales, et la société civile. Ces acteurs ont des intérêts variés, allant de la stabilité régionale à la protection des intérêts économiques et culturels. Julius Nyerere, ancien président tanzanien et fervent panafricaniste, disait : « Sans unité, il n'y a pas de futur pour l'Afrique. » Cette unité passe par la collaboration des divers acteurs africains pour résoudre pacifiquement leurs différends. Ce que d’ailleurs Kwame Nkrumah - Premier Président du Ghana a sans cesse réaffirmer en ces termes : "L'unité politique du continent est la seule voie pour notre survie collective."
2.2. Les Enjeux de l’Arbitrage et de la Médiation en Afrique
L’arbitrage et la médiation en Afrique sont confrontés à plusieurs défis, notamment le manque de confiance dans les institutions judiciaires, l’ingérence politique, et la difficulté à faire respecter les décisions arbitrales. De plus, ces mécanismes sont souvent perçus comme des outils externes, imposés par des puissances étrangères, ce qui limite leur acceptation au niveau local. Frantz Fanon, dans Les Damnés de la Terre, a observé que « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » Les Africains doivent donc s'approprier l'arbitrage et la médiation pour en faire des outils véritablement africains au service de leur propre avenir.
2.3. La Diplomatie Non Gouvernementale : Un Atout sous-exploité
La DNG offre un cadre flexible et innovant pour la résolution des conflits. Cependant, elle est souvent sous-estimée en Afrique, où les États préfèrent recourir à des mécanismes formels. Pourtant, la DNG peut jouer un rôle essentiel en comblant les lacunes laissées par les processus traditionnels, en particulier dans les contextes où la méfiance envers les institutions étatiques est élevée. Senghor, poète et philosophe, affirmait que « La culture est au commencement et à la fin du développement. » La DNG, en intégrant les dimensions culturelles dans ses approches, peut apporter des solutions durables adaptées aux réalités africaines. Mbombog Mbog Bassong - Philosophe et Gardien des Traditions Africaines le martèle à loisir : “Les racines culturelles de l’Afrique sont le socle sur lequel nous devons bâtir notre avenir commun."
Il n’est pas superfétatoire de rappeler que selon un rapport de l'Union africaine (UA) de 2023, il y a actuellement plus de 30 conflits actifs sur le continent africain, impliquant diverses dimensions ethniques, religieuses et géopolitiques et ces conflits en Afrique ont entraîné des déplacements massifs. L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) rapporte que plus de 30 millions de personnes sont actuellement déplacées en Afrique, incluant des réfugiés, des demandeurs d'asile et des déplacés internes. Les pertes économiques liées aux dits conflits sont colossales. La Banque mondiale estime que les conflits armés ont coûté à l'Afrique plus de 15 % de son PIB au cours des deux dernières décennies. Cela entrave le développement économique et exacerbe la pauvreté. Ces conflits érodent les structures sociales traditionnelles, souvent en exacerbant les divisions ethniques et religieuses. Cette fragmentation socioculturelle affaiblit la cohésion nécessaire pour une action collective panafricaine. L'insécurité en est une conséquence directe. Selon l'Institut pour l'économie et la paix, plus de 60 % des décès liés aux conflits mondiaux surviennent en Afrique, soulignant la gravité de la situation sécuritaire sur le continent.
Que dire des conséquences environnementales. Les conflits exacerbent également la dégradation de l'environnement. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) indique que la déforestation, la désertification et la pollution des ressources en eau sont courantes dans les zones de conflit.
Sur le plan politique, ces conflits prolongés minent la stabilité politique des États africains, entraînant des coups d'État, des régimes autoritaires et une gouvernance inefficace. L'Afrique subsaharienne a vu plus de 200 coups d'État depuis les années 1950, dont la majorité a eu lieu dans des pays en conflit.
III. Vers une Approche Panafricaniste Authentique de la Prévention et de la Gestion des Conflits
3.1. L'Intégration des Valeurs Panafricanistes dans les Processus de Résolution des Conflits
Le panafricanisme authentique prône la solidarité, l’autodétermination et la coopération entre les peuples africains. Intégrer ces valeurs dans les processus d’arbitrage, de médiation et de DNG pourrait renforcer leur légitimité et leur efficacité. Par exemple, la médiation traditionnelle africaine, qui repose sur les valeurs de respect mutuel et de consensus, pourrait être revitalisée pour répondre aux défis contemporains. Cheikh Anta Diop a soutenu que « La renaissance de l'Afrique passe par la réhabilitation de sa propre histoire. » Une approche panafricaniste authentique doit donc s'inspirer des pratiques ancestrales pour répondre aux défis actuels.
3.2. Renforcement des Capacités Institutionnelles Panafricaines
Pour que l’arbitrage et la médiation deviennent des outils de prédilection dans la gestion des conflits en Afrique, il est nécessaire de renforcer les capacités des institutions africaines telles que la Cour Africaine de Justice et des Droits de l'Homme, ou encore le Panel des Sages de l'Union Africaine. Ces institutions doivent être dotées de ressources suffisantes et d'une autonomie réelle pour mener à bien leur mission. Thomas Sankara affirmait : « L'émancipation totale de l'Afrique ne peut se réaliser sans une Afrique unie. » Le renforcement des institutions panafricaines est donc un préalable indispensable à cette émancipation.
3.3. La DNG comme Complément aux Initiatives Étatiques
La DNG doit être reconnue comme un complément indispensable aux efforts étatiques dans la prévention et la gestion des conflits. Les États africains et les organisations régionales devraient encourager et soutenir les initiatives de DNG, en intégrant ces acteurs dans les processus de paix officiels. La participation de la société civile et des organisations non gouvernementales peut également faciliter l'appropriation locale des solutions proposées. Chinua Achebe, écrivain engagé, soulignait que « Si vous ne parlez pas, d'autres parleront pour vous. » La DNG permet aux voix marginalisées de se faire entendre, renforçant ainsi la légitimité des processus de paix.
IV. Perspectives pour une Unité Institutionnelle Panafricaine
4.1. Vers une Synergie des Mécanismes de Résolution des Conflits
La convergence des efforts entre l’arbitrage, la médiation et la DNG, soutenue par une vision panafricaniste, pourrait poser les bases d’une unité institutionnelle africaine. Cette synergie permettrait d'éviter la fragmentation des initiatives de paix et d'assurer une réponse plus coordonnée aux conflits. « Unité et engagement sont les clés de notre avenir, » a déclaré Patrice Lumumba. Cette synergie est nécessaire pour créer un front uni en faveur de la paix sur le continent.
4.2. L’Importance de l'Éducation et de la Sensibilisation
Il est crucial de sensibiliser les populations africaines aux avantages de l’arbitrage, de la médiation et de la DNG. L’éducation à ces mécanismes devrait être intégrée dans les programmes scolaires et de formation des élites politiques et économiques, pour créer une culture de la paix et de la coopération. Ngugi Wa Thiong'o a écrit : « L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer une nation. » En formant les futures générations aux mécanismes de paix, l'Afrique peut espérer un avenir plus stable et prospère.
4.3. La Mobilisation des Ressources Africaines
Enfin, l’autonomie financière des institutions africaines est indispensable pour garantir leur indépendance et leur efficacité. La mobilisation des ressources internes, par le biais de contributions étatiques et privées, pourrait permettre de financer les initiatives de résolution des conflits sans recourir à l'aide extérieure, souvent conditionnée à des agendas non africains.
Conclusion
L’arbitrage, la médiation et la diplomatie non gouvernementale sont des outils puissants pour la prévention et la gestion des conflits en Afrique. Leur efficacité dépendra toutefois de leur appropriation par les Africains eux-mêmes, dans une perspective panafricaniste authentique. En renforçant les institutions africaines, en intégrant les valeurs panafricanistes, et en favorisant la synergie entre les différents acteurs, il est possible de jeter les bases d'une unité institutionnelle panafricaine, capable de garantir la paix et la stabilité sur le continent. Aussi sommes toutes, est-il désormais indubitable que l'intégration de l'arbitrage et de la médiation dans une stratégie panafricaniste authentique offre une voie prometteuse pour résoudre les conflits qui entravent l'unité africaine. Comme l'a dit Thomas Sankara : "Nous devons oser inventer l'avenir." Cette invention de l’avenir passe par la réappropriation de nos valeurs culturelles et l’adaptation des outils modernes de résolution des conflits à nos réalités spécifiques, en s’appuyant sur l'héritage intellectuel et spirituel des grands penseurs africains.
Maître Jean Guy ZOGO
Directeur du CEPAMC.