16/05/2026
I. ⚖️ Analyse juridique ⚖️des infractions présumées, de viol et avortement forcé en cas du classement sans suite. Par maître Franck Muduba.
1. L'infraction de Viol prévu à la disposition de l’article 170 du Code pénal congolais (tel que modifié par la Loi n° 06/018 du 20 juillet 2006 sur les violences sexuelles).
Analyse de la peine : Le viol est puni d'une peine de servitude pénale (prison) allant de 5 à 20 ans. S'agissant d'une peine supérieure à 5 ans, l'infraction revêt la nature d'un crime en doctrine (bien que le code congolais ne distingue pas formellement crimes et délits, il se base sur le quantum de la peine pour la prescription).
Régime de prescription :
Selon l'article 24, point 3° du Code pénal, l'action publique se prescrit par 10 ans révolus si l'infraction peut entraîner plus de 5 ans de servitude pénale.
Application au cas :
Les faits datant de 2020, le délai de 10 ans n'est pas expiré (l'extinction par prescription n'interviendra qu'en 2030, sauf interruption). L'action est donc toujours recevable.
2. L'infraction d'Avortement (Forcé) prévu à la disposition l’article 165 du Code pénal congolais (Décret du 30 janvier 1940).
Analyse de la peine :
Celui qui, par aliments, breuvages, médicaments, violences ou par tout autre moyen aura fait avorter une femme (sans son consentement ou par contrainte), est puni d'une servitude pénale de 5 à 15 ans.
Régime de prescription :
La peine maximale dépassant 5 ans, le délai de prescription est également de 10 ans révolus (Article 24, point 3° du Code pénal).
Application au cas :
Tout comme le viol, l'infraction d'avortement forcé n'est pas juridiquement prescrite.
II. La valeur juridique du "Classement sans suite"
En droit procédural congolais (régit par le Décret du 6 août 1959 portant Code de procédure pénale et l'Arrêté d'organisation judiciaire de 1979), le classement sans suite pour "faute de preuves" est une mesure purement administrative et provisoire.
Pas d'autorité de la chose jugée : Contrairement à un jugement de tribunal ou à un non-lieu prononcé par une juridiction d'instruction, le classement sans suite par un magistrat du Parquet (Ministère Public) ne tranche pas définitivement le litige.
Conséquence :
Le dossier n'est pas définitivement fermé. Il est simplement "mis en veilleuse" dans les archives du parquet.
III. Est-ce que l'affaire peut refaire surface ?
Oui, absolument. L'affaire peut être rouverte à tout moment tant que le délai de prescription de 10 ans n'est pas atteint, à une condition majeure :
la survenance d'éléments nouveaux.
Un "élément nouveau" peut être :
Le témoignage d'un nouveau témoin oculaire ou auriculaire.
De nouvelles pièces médicales ou expertises scientifiques (tests ADN, examens psychologiques pertinents).
Des messages, enregistrements ou documents qui n'avaient pas pu être versés ou examinés lors de la première instruction.
IV. Comment la prétendue victime peut-elle saisir à nouveau la justice ?
Si la victime souhaite relancer l'action judiciaire, le droit congolais lui offre principalement deux voies :
1. La voie hiérarchique ou administrative (Demande de réouverture au Parquet)
La victime (ou son avocat) adresse une lettre de demande de réouverture de dossier adressée au chef de l'office (le Procureur de la République ou le Procureur Général près la Cour d'Appel, selon le niveau où le dossier a été classé).
Contenu de la lettre:
Cette demande doit impérativement contenir et démontrer les éléments nouveaux qui justifient que le magistrat reprenne l'enquête.
Si le supérieur hiérarchique estime ces éléments sérieux, il instruit un magistrat de rouvrir le dossier pénal.
2. La voie judiciaire directe (La Citation Directe / Constitution de partie civile)
Si la victime craint que le Parquet ne classe à nouveau le dossier ou refuse de le rouvrir, elle peut contourner le magistrat en saisissant le Tribunal de Grande Instance.
Procédure de saisine, par le biais d'un exploit d'huissier appelé "Citation Directe", la victime cite le présumé auteur directement devant le juge pour qu'il soit statué sur le viol et l'avortement.
Attention à la condition de recevabilité : Pour que la citation directe soit recevable en matière pénal congolais, il faut que l'identité et le domicile du prévenu soient parfaitement connus et que les indices soient suffisamment clairs, car c'est la victime (partie citante) qui devra apporter les preuves à l'audience, le Parquet n'ayant pas fait d'enquête préalable pour ce nouveau procès.
Donc tout le monde se retrouvant de cette situation sache bien que à tout moment l’affaire peut rebondir si seulement si le délai de la prescription n’étant pas épuisée ‼️