09/30/2026
Ce revirement était, à mon avis, prévisible et même attendu.
Depuis près de 30 ans que je pratique le droit de l’immigration, j’ai été témoin de plusieurs épisodes de resserrement des politiques d’immigration. Certains ont été particulièrement sévères : fermeture de dossiers avec remboursement des frais, réduction drastique des quotas, modification de la définition des enfants à charge (leur âge étant notamment passé de 22 à 18 ans), ou encore mesures qui pouvaient entraîner la perte de la résidence permanente obtenue par parrainage d’un conjoint lorsque la relation conjugale prenait fin trop rapidement, ...
À chaque période de restriction, le discours et les priorités gouvernementales changent. On veut reprendre le contrôle, diminuer la pression sur les services, le logement ou le marché du travail.
Et puis, invariablement, la réalité finit par refaire surface. Les pénuries de main-d’œuvre. Les départs massifs à la retraite. La baisse du taux de natalité. Le vieillissement de la population. Les besoins des entreprises. Les besoins de nos régions. Et, plus largement, la nécessité de maintenir une population active suffisamment importante pour soutenir notre économie et nos services publics.
C’est pourquoi je ne suis pas particulièrement surprise de lire aujourd’hui que le gouvernement fédéral envisage déjà une «augmentation contrôlée» de l’immigration. Cela ne signifie pas qu’il ne fallait pas corriger certains déséquilibres. La croissance très rapide du nombre de résidents temporaires appelait certainement une réflexion et des ajustements. Une politique d’immigration responsable doit tenir compte de la capacité d’accueil du pays, du logement, des infrastructures, des services publics et des besoins du marché du travail. Mais il faut aussi se méfier des politiques qui oscillent trop fortement d’un extrême à l’autre. Après avoir encouragé pendant plusieurs années le recrutement international, attiré des travailleurs, des étudiants et des familles, puis avoir brutalement resserré les portes, il ne faudrait pas maintenant attendre que les pénuries deviennent criantes avant de reconnaître à nouveau le rôle essentiel de l’immigration.
L’immigration n’est pas un robinet que l’on ouvre et que l’on ferme au gré des circonstances politiques. C’est une politique à long terme. Elle doit être prévisible, cohérente et suffisamment stable pour permettre aux immigrants, aux entreprises, aux institutions d’enseignement et aux différents paliers de gouvernement de planifier.
Après trois décennies de pratique, une chose me paraît évidente : les gouvernements peuvent modifier les chiffres, les programmes et les critères. Mais ils ne peuvent pas modifier les réalités démographiques. Et celles-ci nous rappellent périodiquement que le Canada aura toujours besoin d’immigration.
Je serais d’ailleurs peu étonnée que le Québec finisse, lui aussi, par suivre cette évolution fédérale, probablement après les élections d’octobre, et ce, quelle que soit la formation politique qui formera le prochain gouvernement. Car au-delà des différences de vision politique, les mêmes réalités finiront par s’imposer : les besoins de main-d’œuvre, les départs à la retraite, le vieillissement de la population et la faiblesse de la natalité.